mardi 4 août 2026

Bilan de la pétition « Non au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne »

 

Le 23 octobre 2025 se déroulait la présentation du Tour de France 2026 et de son étape reine reliant Bourg d'Oisans à l'Alpe d'Huez par le col de Sarenne. Ce même jour, j'ai lancé une pétition contre le passage du Tour 2026 au col de Sarenne. Cette pétition défendait un vaste espace naturel riche et sensible, menacé par la forte pression économique et touristique de deux des plus grandes stations de ski du monde (l'Alpe d'Huez et les Deux Alpes).


En quelques semaines, la pétition contre le passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne a récolté des milliers de signatures. Plusieurs médias ont alors parlé de la pétition. Il y a d'abord eu ma tribune sur Reporterre, puis France Inter, Médiapart, Naiz (journal basque, bel article), Ouest France, France 3, AS, TF1, Géo, Le Dauphiné Libéré, Le Figaro, Orange, MSN, La Dépêche, RMC, Le Chasseur français, The Independent, Road, Cycling Weekly, Cycling News, Cylinguptodate, La Croix et de nombreux autres journaux. Par le biais de la pétition, tous ces médias se sont intéressés aux tétras-lyre, aux lagopèdes, aux perdrix bartavelles, aux marmottes et aux gypaètes barbus du col de Sarenne. Sans la pétition, je pense qu'aucun média ne se serait soucié du dérangement de ces animaux. De novembre à juillet, ces articles de presse ont fait une mauvaise publicité au Tour de France et ont mis la pression sur les organisateurs et les pouvoirs publics.


En tant qu'initiateur de la pétition, j'ai écrit une lettre ouverte au directeur du Tour de France le 29 novembre 2025. Cette lettre est restée sans réponse. Recherchant un compromis (malgré l'absence de dialogue), j'ai proposé en février 2026 de clore la pétition si les organisateurs s'engageaient à ne pas demander de travaux et à interdire le public entre Clavans-le-Haut et le col de Sarenne. Aucune réponse. J'ai par ailleurs contacté plusieurs associations. Des responsables associatifs m'ont fait comprendre que le Tour de France était une épreuve populaire et qu'il était délicat de soutenir une telle pétition dans un contexte économique tendu pour le milieu associatif (reposant notamment sur l'attribution de subventions). Notre démocratie est en forme.


Quelques années plus tôt, j'avais déjà lancé une pétition (12220 signatures) contre le passage du Tour de France 2013 par ce même col de Sarenne (l'épreuve passait dans l'autre sens, globalement descendant, ce qui posait moins de problèmes, sauf pour les travaux). J'avais alors compris que pour défendre une pétition « aussi gênante », pour résister aux nombreuses intimidations, un soutien associatif important était nécessaire. En 2013, ce soutien existait. Malheureusement, en 2026, seule une association normande ! a osé soutenir la pétition : le CREPAN. Aucune autre association ne s'est officiellement opposée au passage du Tour 2026 au col de Sarenne. Quelle déception ! Trop isolé pour faire face aux pressions à venir, j'ai décidé de clore la pétition le 30 avril 2026 (tout en appelant au boycott du Tour de France je l'ai close mais pas supprimée. Les 15381 signatures sont restées comme un caillou dans la chaussure des organisateurs.


Malgré son absence de soutien officiel, l'association Mountain Wilderness a partagé la pétition de 2026. Mountain Wilderness a été la seule association à me répondre (autre chose que des politesses) et à ouvrir le dialogue, ce qui a abouti à la rédaction d'un courrier. S'appuyant sur nos 15381 signatures, Mountain Wilderness a envoyé, le 14 avril 2026, un courrier à la Préfète de l'Isère afin de limiter au maximum l'impact de l'épreuve sur l'environnement ; courrier reprenant des points importants de la pétition (mais ne demandant pas un passage par une autre route – alors que des alternatives existaient).


En juillet 2026, après plusieurs réunions, la Préfète de l'Isère a répondu à Mountain Wilderness. Elle a assuré qu'aucun véhicule ne pourrait emprunter la route pastorale sur un tronçon d'une dizaine de kilomètres (entre la bergerie située près de l'altiport et le hameau du Perron) du 16 juillet à 14h00 au 25 juillet à 23h00, soit pendant 9 jours, ce qui est exceptionnel. La Préfète a aussi assuré que l'accès au public serait interdit sur ce même tronçon dès la veille de l'étape à 18h00, ce qui est exceptionnel. Les forces de l'ordre ont ainsi barré l'accès au col de Sarenne à de nombreux spectateurs. La Préfète a également veillé à ce que les travaux soient moins importants qu'en 2013 et à ce que l'aspect et le gabarit de la route ne soient pas modifiés. Par ailleurs, le survol par hélicoptère du col de Sarenne a été interdit pendant toute la durée de la course, ce qui est exceptionnel pour une épreuve de cette ampleur (dont la diffusion télévisée dépend des hélicoptères). La Préfète a également demandé l'interruption de la sonorisation de la caravane publicitaire lors des traversées de plusieurs sites Natura 2000. La représentante de l'État a par ailleurs confirmé que la caravane publicitaire ne passerait pas par le col de Sarenne. Tous ces points étaient abordés dans la pétition dès le mois d'octobre 2025.


Avant la publication de cette lettre de la Préfète, les intentions des organisateurs du Tour de France restaient très floues. Le directeur du Tour de France n'avait à ma connaissance pris aucun engagement. Il n'avait d'ailleurs pas répondu à notre lettre ouverte. Sans la pétition, il est probable que les mesures prises pour préserver Sarenne aient été beaucoup moins importantes, voire quasi nulles. Ainsi, en 2017, lorsque le Critérium du Dauphiné Libéré (course cycliste gérée par les organisateurs du Tour de France) est passé au col de Sarenne (dans le même sens), la foule était présente sur les derniers kilomètres de la montée, où de nombreux véhicules étaient garés. Par contre, lors du Tour de France 2026, les derniers kilomètres de l'ascension du col de Sarenne étaient absolument déserts. La veille de l'étape, ASO a confirmé au journal anglais The Independent « avoir pris en considération la pression publique » pour préserver le col de Sarenne. Que cela vienne des organisateurs ou de la Préfète, des mesures radicales ont été prises... et les signataires de la pétition n'y sont sans doute pas pour rien.


Cependant si les derniers kilomètres de l'ascension de Sarenne ont bénéficié de mesures radicales lors du Tour de France 2026, ce n'est pas le cas des premiers kilomètres de l'ascension, où la foule était présente. Or, la première partie de l'ascension traversait également des zones sensibles (bien que moins spectaculaires à l'écran). Ces zones abritaient notamment des perdrix bartavelles (ZNIEFF de type 1, n° 38220004) et vraisemblablement des tétras-lyre ; deux espèces d'oiseaux rares et fragiles, nichant au sol, dont les petits naissent en juillet. Bien que moins important qu'initialement redouté, le dérangement de la faune a été nettement plus élevé qu'en temps normal, et ce certainement durant plusieurs semaines (en particulier durant le passage et les repérages des 16000 cyclistes de la course amateur l'Étape du Tour).


Les pétitions de 2013 et de 2026 dénonçaient les conséquences à long terme du passage du Tour de France au col de Sarenne. En 2013, des travaux d'ampleur ont considérablement modifié la route en supprimant les passages à gué, ce qui a augmenté la fréquentation automobile du col de Sarenne (et rendu l'étape de 2026 possible). Après le passage des coureurs en 2026, des habitants de Mizoën, village situé au pied du col, déclaraient à France 3 : « Ça crée de la surfréquentation dans des endroits qui ne sont pas faits pour ça. Les gens vont venir ici, poster ça sur les réseaux et, dans les semaines qui suivent, ça va devenir un enfer. » « Avant il y avait très peu de cyclistes qui venaient. Depuis la première venue du Tour, ça a augmenté un peu tous les ans. » Le maire de Mizoën ajoutait : « On subit en quelque sorte. Quand le Tour passe dans notre commune, on n'a pas vraiment notre mot à dire. On est juste tenu au courant. » À eux deux, les villages de Clavans et de Mizoën comptent environ 260 habitants. Parmi eux, nombreux sont ceux à avoir signé la pétition. Lorsque la démocratie devient gênante, certains décideurs oublient visiblement d'interroger les citoyens (que ce soit pour organiser le Tour de France ou les Jeux olympiques).


Au-delà du col de Sarenne, de nombreuses zones naturelles sont perturbées par les foules du Tour de France à une période où des espèces animales fragiles se renouvellent et reconstituent leurs réserves (avant d'affronter les rigueurs de l'hiver). Empruntés lors de cette même étape, les cols de la Croix de Fer et du Galibier sont aussi riches et fragiles que le col de Sarenne. Chaque année, les spectacles télévisés offerts sur des pentes comme celles du Ventoux et du Tourmalet ont de quoi interroger... Les alpages doivent-ils devenir des parkings ? Doit-on accepter de voir les espaces sauvages se transformer en stades géants ? Les habitudes doivent changer. Un équilibre doit être trouvé.


De façon générale, se pose le problème de la démesure des événements sportifs et médiatiques comme le Tour de France, les Jeux olympiques et autre Coupe du monde (empreinte carbone, empreinte lithium, empreinte uranium, myriade de véhicules, caravane publicitaire, dérangement de la faune, stades climatisés, trajets en avion, infrastructures démesurées, embouteillages, etc). De surcroît, tous ces spectacles si coûteux pour la Nature ont-ils vraiment un sens ? Pogačar a pulvérisé le record d'ascension de l'Alpe d'Huez, reléguant les grands champions dopés du passé à la deuxième division (prenant notamment sur cette seule montée plus de 2 minutes au vainqueur du contre-la-montre de 2004 : Lance Armstrong). Peut-on y croire ? Ne serait-il pas préférable de tourner nos regards vers les beautés simples et fragiles de la Nature plutôt que vers ces grands spectacles énergivores et douteux ?


En quelques décennies, nous avons brûlé des millions d'années de ressources fossiles (et cela en partie pour des caprices superficielles). Notre atmosphère est saturée de gaz carbonique. Les canicules n'en finissent plus. Les étés deviennent invivables. Nos forêts partent en flammes. Le béton prolifère partout. Continuellement bafouée, la biodiversité s'effondre sur tous les continents. L'avenir des générations futures est incertain. Mais nous continuons encore et toujours à alimenter nos chimères destructrices... sans nous soucier des souffrances de la Nature  ̶  dont notre avenir dépend.


Cette pétition n'était qu'une goutte d'eau pour éteindre un incendie. Une goutte d'eau ne change rien, mais par milliards les gouttes finissent parfois par éteindre les flammes. Bref, protestons ! L'an prochain, lançons des pétitions contre le passage du Tour au col de Sarenne, aux cols du Galibier, de la Croix de Fer, du Tourmalet, de l'Iseran... Mieux encore : lançons des pétitions contre ces centaines de véhicules suivant les coureurs, contre la caravane publicitaire, contre les sponsors douteux, contre les transferts motorisés des équipes entre deux étapes, pour une course plus propre sans aucun véhicule sur le bord des routes... Inventons une nouvelle époque ! Arrêtons de penser : « Quel dommage ! » Osons dire : « Non ! » Non à l'extension perpétuelle du béton ! Non à un ciel rayé par les avions ! Non à un avenir sans horizon ! Protestons contre la destruction à petits feux de notre monde ! Défendons nos forêts, nos montagnes et nos rivières ! Tous en mouvement ! Débordons les puissants et joignons-nous aux bouquetins et aux papillons !


Matthieu Stelvio, le 4 août 2026

samedi 29 novembre 2025

Nous sommes 10.000 à dire NON au Tour de France 2026 au col de Sarenne [lettre ouverte]

 

Monsieur le directeur du Tour de France,

C'est sur la route pastorale du col de Sarenne que vous avez l’intention de faire passer le 25 juillet 2026 les coureurs du Tour de France, et le 19 juillet les 16.000 amateurs de ce que vous nommez "la plus grande cyclosportive au monde" (l'Étape du Tour). Nous sommes nombreux à nous inquiéter des conséquences environnementales d'une telle décision. Lancée il y a seulement un mois, la pétition ʺNon au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenneʺ est soutenue par plus de 10.000 signataires. 13 ans plus tôt, une autre pétition vous demandait de renoncer au passage du Tour de France au col de Sarenne et à la mise en travaux de la route. Pour 2026, nos craintes sont plus grandes qu'en 2013, car le Tour de France doit passer dans l'autre sens. La foule est cette fois attendue sur le versant le plus fragile du massif des Grandes Rousses.

La route pastorale de Sarenne traverse un espace sauvage d’une grande richesse : la vallée du Ferrand. Avec 758 espèces végétales recensées, le Conservatoire botanique national alpin considère que cette vallée, située dans le parc national des Écrins, est l'une des "plus riches régions de France sur le plan botanique". "La diversité faunistique du site est [jugée] remarquable". Fermée 8 mois sur 12, plus fréquentée par les marmottes que par les voitures, la route est si sauvage qu’elle se confond, par endroits, avec les chemins de randonnée des Écrins.

La station de l’Alpe d’Huez sera l'arrivée des 19e et 20e étapes de la Grande Boucle. Le 24 juillet, les coureurs arriveront à l'Alpe d'Huez par les 21 célèbres lacets, tandis que le 25 juillet, ils arriveraient à l'Alpe d'Huez par le col de Sarenne. Lors des dernières éditions du Tour de France, des centaines de milliers de spectateurs s'étaient donné rendez-vous dans les lacets de l'Alpe d'Huez. On peut donc craindre qu'une grande partie des spectateurs installés dans les lacets de l'Alpe d'Huez le 24 juillet se déplacent de quelques kilomètres pour aller vers le col de Sarenne le 25 juillet. De nombreux véhicules et une foule importante risquent donc de s'amasser au col de Sarenne et dans la vallée du Ferrand, d'autant que l'étape se déroulera le week-end, un jour avant l'arrivée finale aux Champs-Élysées.

Une telle affluence dans un environnement aussi sensible a de quoi inquiéter. En effet, la route traverse des zones où nichent des oiseaux inscrits sur la liste rouge des espèces menacées de l'UICN, notamment des gallinacées (tétras lyre, lagopèdes et perdrix bartavelles) nichant au sol et dont les petits naissent en juillet (c'est-à-dire pendant le passage du Tour de France). La foule pourrait perturber la reproduction de ces oiseaux rares et fragiles : des nids pourraient être piétinés ou abandonnés par panique. Plusieurs espèces semblent avoir récemment disparu du secteur, dont la Perdrix rouge et la Perdrix grise. Il serait regrettable que ce déclin de la biodiversité se poursuive. N'oublions pas le piétinement de la flore, notamment du côté de la zone humide de Sarenne (qui pourrait se transformer en gigantesque parking).

Pour diffuser le spectacle, des hélicoptères survoleront longuement des zones où peuvent nicher des rapaces exceptionnels et protégés (aigles royaux et gypaètes) dont les petits prennent leur envol durant l'été. Le survol d'hélicoptère est l'une des premières causes d'échec de reproduction des rapaces.

En outre, à l'instar de nombreuses autres espèces, c'est l'été que des animaux comme les marmottes et les chamois constituent leurs réserves pour affronter les rigueurs de l'hiver. Déranger ces animaux serait dommageable, d'autant que ce dérangement durerait plusieurs semaines. Ainsi, "la plus grande cyclosportive au monde" passerait à Sarenne six jours avant le peloton du Tour de France : aux 16.000 cyclistes amateurs s'ajouteraient les voitures suiveuses, les familles, les touristes du monde entier...

Tenant compte de l’étroitesse de la chaussée, de son état et des éboulements récurrents, nous pouvons imaginer que d'importants travaux soient demandés afin de garantir la sécurité de la foule et des coureurs. En 2013, lorsque le Tour de France était passé à Sarenne dans l'autre sens (dans le sens de la descente), des travaux avaient déjà été engagés pour un jour de course. De nombreux passages à gué avaient été remplacés par des petits ponts, ce qui a par la suite poussé les touristes à se rendre au col de Sarenne en voiture plutôt qu'à pied, au détriment de la quiétude de la faune sauvage. En 2026, que vont demander les organisateurs du Tour de France ? La purge de la montagne ? L'agrandissement des virages ? Les glissières de sécurité ? Tout cela pour quelques minutes de télévision ?

Certains penseront peut-être : un peu de goudron en plus, un peu de goudron en moins, quelle importance ? Leur tort serait de faire abstraction du contexte. Interposé entre deux des plus grandes stations de ski du monde (l’Alpe d’Huez et les Deux Alpes), l’étau se resserre autour de l’Oisans sauvage. Et vous comprendrez certainement, Monsieur le directeur du Tour de France, que nous sommes nombreux à être attachés à une beauté qui, décennie après décennie, se réduit comme nos glaciers.

Au-delà des classements d'exception (parc national, arrêté préfectoral, Natura 2000, ZNIEFF...), nous défendons une beauté fragile et indicible. Au col de Sarenne, il n’est pas rare de voir un randonneur s’asseoir et rester un long moment à contempler le paysage, à savourer le silence, à rêvasser face au plateau d’Emparis et aux glaciers de la Meije. Sarenne, c’est un autre monde, celui de la montagne préservée. Notre sentiment, c’est qu’il ne faut pas y toucher. Le scénario est toujours le même : si vous commencez à toucher ces espaces naturels, d’autres s’en donneront le droit.

Imaginez que nous soyons huit milliards à agir de la sorte, à endommager durablement la Nature pour quelques minutes de divertissement : que deviendrait notre planète ? De tels comportements ne sont-ils pas à l’origine de l'effondrement de la biodiversité, de la crise environnementale et de la crise sociale qui en découle ?

Nous, humains, sommes déjà responsables de la disparition du beau glacier de Sarenne. Mais il nous reste encore de Sarenne une faune et une flore d'exception ! Ayons la sagesse d'en prendre soin.

C'est pourquoi nous sommes plus de 10.000 à vous demander de ne pas faire passer le Tour de France au col de Sarenne. Notre pétition ne s'oppose pas à votre compétition. Nous vous invitons simplement à modifier le tracé de l’étape du 25 juillet. Il est loin d'être trop tard. Ainsi, en 2025, vous avez modifié le tracé d'une étape seulement quelques heures avant son départ. Deux alternatives pourraient être envisagées. Première alternative : une arrivée aux Deux Alpes après la descente du Galibier (comme en 1998). Deuxième alternative : un maintien de l'arrivée à l'Alpe d'Huez, mais en passant par Allemond et Villard Reculas (plutôt que par Sarenne). Ces alternatives modifierait à peine le déroulement de la course, tout en assurant la préservation d'une nature précieuse et vulnérable.

Marmottes, chamois, hermines, gypaètes, bartavelles, lagopèdes et tétras lyre, ne sont-ils pas plus précieux que trente minutes de télévision ?

Matthieu Stelvio, initiateur de la pétition "Non au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne" (et de la pétition de 2013)


jeudi 23 octobre 2025

[Pétition] Non au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne


CONTACT : Facebook (Matthieu Stelvio) ou par formulaire de contact.

Culminant à 1999 mètres d'altitude, la route menant au col de Sarenne est belle et sauvage. Fermée 8 mois sur 12, cette route est une route PASTORALE, destinée aux bergers ; la vitesse y est limitée à 20 km/h. Le sentier GR54 longe cette route et s'y confond par endroits. Situé dans l'aire d'adhésion du parc national des Écrins, le col de Sarenne est un de ces beaux et rares espaces où l’on peut encore respirer de l’air pur.

Les organisateurs du Tour de France 2026 veulent transformer le col de Sarenne en plus grand stade du monde. En effet, l'étape reine du Tour 2026 (la plus décisive et la plus montagneuse) doit se terminer par ce col (avant de descendre un peu plus bas dans la station de l'Alpe d'Huez, qui jouxte Sarenne, pour passer la ligne d'arrivée). Ainsi placée en fin d'étape, l'ascension de Sarenne pourrait réunir des dizaines de milliers de spectateurs (voire des centaines de milliers : de tels chiffres ont déjà été évoqués dans les lacets de l 'Alpe d'Huez). [4]

Treize ans après un premier passage contesté à Sarenne, la foule est, cette fois, attendue sur le versant le plus sauvage de la route, du côté de la vallée du Ferrand. Le Conservatoire Botanique National Alpin estime que "la diversité faunistique [de la vallée du Ferrand et du plateau d'Emparis] est remarquable" et que "l’excellent état de conservation de la plupart des habitats naturels […] peu perturbés […] permet le maintien d’espèces animales rares". [2]

Le 25 juillet 2026, un très grand nombre de personnes devrait s'entasser dans la vallée du Ferrand. Vallée qui est habituellement peuplée de marmottes, de renards, de chamois, de circaètes, d'hermines... ainsi que de fragiles tétras lyre : gallinacés emblématiques qui couvent au sol et dont les petits naissent en juillet, c'est-à-dire pendant le Tour de France ! [1, 2] Sans oublier les perdrix bartavelles qui couvent au sol et dont les petits naissent... en juillet ! [13, 14, 15] Sans oublier les lagopèdes, reliques de l’époque glaciaire, qui couvent au sol et dont les petits naissent... en juillet ! [1, 2, 7, 13] Tétras, lagopèdes et bartavelles : ces trois gallinacés sont sur la liste rouge des espèces menacées de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la Nature). [16] Leur déclin est notamment lié à la surfréquentation humaine et au dérangement des nichées. [7, 14] En matière de lieu et de timing, difficile de trouver pire pour convier les foules!

Et ce n'est pas tout : pour diffuser le spectacle de l'ascension de Sarenne, des hélicoptères survoleront longuement la vallée du Ferrand et la vallée de la Romanche, où nichent plusieurs couples d'aigles royaux (rapaces rares et protégés), dont les petits prendront leur envol... en juillet ! [2] En outre, c'est du côté du lac Chambon, où se termine la vallée du Ferrand qu'un couple de gypaètes barbus a donné naissance ces trois dernières années à des petits ayant pris leur envol... au début de l'été. [10] Plus grand rapace d'Europe, le Gypaète barbu est en danger d'extinction à l'échelle française. Seuls 18 gypaétons ont pris leur envol en 2025 dans les Alpes françaises. [11, 16, 17] Dans le massif des Écrins, 75 % des gypaétons nés en 2025 n'ont pas survécu. Le survol d'hélicoptère serait la première cause d’échec de reproduction des gypaètes. [12]

Six jours avant le passage du Tour de France, le col de Sarenne sera emprunté par 16 000 cyclistes lors d'une course amateur nommée L'Étape du Tour. Comme en 2013, la surfréquentation de Sarenne risque de durer plusieurs semaines, ce qui amplifiera le dérangement d'une faune précieuse et vulnérable.


Selon un document NATURA 2000, la vallée du Ferrand est l'une des "plus riches régions de France sur le plan botanique". [2] Et c'est une flore rare et fragile qui sera piétinée par la foule, peut-être même écrasée par des centaines de véhicules, des centaines de tentes... À proximité du col de Sarenne, la route passe à quelques mètres d'une zone humide fragile faisant l'objet d'un arrêté préfectoral de protection de biotope. [3] Cet arrêté atteste que "le biotope d’une espèce résulte des interactions entre la faune, la flore et les caractéristiques physiques et chimiques du milieu, et qu’une perturbation ou une atteinte portée à l’un de ces éléments peut engendrer un déséquilibre préjudiciable" ; et "qu’il y a [donc] lieu de réglementer les activités sur le périmètre [de la zone humide] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à la survie de plusieurs espèces animales protégées". Cet arrêté interdit toute manifestation sportive sur un périmètre qui pourrait être piétiné par la foule du Tour de France. [3] Est-ce vraiment le lieu pour organiser une manifestation réunissant autant de spectateurs que 10 Stade de France ?

Comme en 2013, des travaux pourraient être réalisés, rien que pour une journée de course ! Et ce, non pas à la demande de la population locale, mais à la demande des organisateurs du Tour de France ! En 2013, des passages à gué ont été transformés en petits ponts, ce qui a par la suite poussé les touristes à se rendre au col de Sarenne en voiture plutôt qu'à pied, au détriment de la quiétude de la faune sauvage.

La Nature est plus importante que ce spectacle-business (qui s'est souvent révélé être imposture). Et les organisateurs du Tour de France se moquent de la Nature. Ils l'ont prouvé en 2013 en restant muets face à une lettre ouverte portée par une pétition signée par plus de 12 000 personnes, en refusant toute alternative (la montée sauvage de Sarenne pouvait être remplacée par un passage à Villard Reculas en 2013 ; idem en 2026). Comment croire qu'une entreprise qui gère, au-delà du Tour, des épreuves comme le Dakar et autres rallyes se préoccupe de la faune sauvage ? Le fait que TotalEnergies soit partenaire officiel du Tour de France 2026 prouve-t-il le contraire ?

D'autre part, beaucoup de financiers aimeraient agrandir le domaine skiable de l’Alpe d’Huez, et lorgnent vers Sarenne. [8] À long terme, ce passage du Tour dans un lieu jusque-là si bien préservé est peut-être le deuxième pas vers une bétonisation massive. En 1952, lorsque Fausto Coppi s’est imposé à l’Alpe d’Huez, il s’imposait, au milieu des marmottes et de quelques paysans, dans une toute petite station de ski. 70 ans plus tard, l'Alpe d'Huez a étendu ses tentacules d'acier sur l'un des plus beaux massifs de France et veut encore s'agrandir [6], sans se soucier de la quiétude de la Nature (allant jusqu'à organiser des festivals de musique techno au cœur des montagnes [5]). Que voulons-nous laisser aux générations futures ? Une planète d'acier et de béton ? Ne serait-il pas temps de dire stop à ceux qui veulent souiller ce que nous avons de plus cher ? LA NATURE N'EST PAS UN STADE !

En signant cette pétition, je m'oppose au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne et aux travaux qui en découleraient.

Pour signer la pétition, c'est ici.

Matthieu Stelvio, 23/10/2025, cycliste attaché aux grands espaces sauvages, défenseur des bouquetins et des tétras lyre. (Texte modifié le 10/11/25.)

Cette pétition fait suite à la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au col de Sarenne (12 000 signatures), dont l'historique est disponible sur l'ancien blog Le Bruit du Vent.


Sources :

[1] ZNIEFF de type 1 Pentes montagneuses du col de Sarenne

[2] Site Natura 2000 - Vallée du Ferrand - Plateau d'Emparis, document d'objectifs, décembre 2003, Conservatoire Botanique National Alpin

[3] Arrêté préfectoral de protection de biotope n°2012282-0029 Site du Marais du col de Sarenne

[4] Tour de France : près d'un million de personnes dans la montée de l'Alpe d'Huez ! Le Dauphiné Libéré, 28/07/2011

[5] À l'Alpe d'Huez, un festival transforme la montagne en Disneyland, Reporterre, 15/03/2024

[6] La logique folle des casseurs de la montagne : pour sauver les glaciers, accélérons le processus qui les détruit, Reporterre, 03/11/2014

[7] Avis de recherche : le Lagopède alpin, au croisement des enjeux de demain, LPO, 08/10/2024

[8] Le Tour de France veut bétonner la montagne, Reporterre, 8/01/2013

[10] Gypaètes : une année en demi teinte, Parc National des Ecrins, 30/6/2025

[11] Ligue de Protection des Oiseaux. Fiche : Gypaète barbu.

[12] Gypaète dans les Écrins : ici on couve, prière de ne pas déranger. Radio RAM05.

[13] ZNIEFF I Versant montagneux de la courbe (38220004)

[14] Perdrix bartavelle. Migraction.

[15] Perdrix bartavelle. Oiseaux.net

[16] La Liste rouge des espèces menacées en France (UICN)

[17] Bilan 2024/2025 de la reproduction du Gypaète barbu dans les Alpes françaises, ASTERS

CONTACT : Facebook (Matthieu Stelvio) ou par formulaire de contact.