samedi 29 novembre 2025

Nous sommes 10.000 à dire NON au Tour de France 2026 au col de Sarenne [lettre ouverte]

 

Monsieur le directeur du Tour de France,

C'est sur la route pastorale du col de Sarenne que vous avez l’intention de faire passer le 25 juillet 2026 les coureurs du Tour de France, et le 19 juillet les 16.000 amateurs de ce que vous nommez "la plus grande cyclosportive au monde" (l'Étape du Tour). Nous sommes nombreux à nous inquiéter des conséquences environnementales d'une telle décision. Lancée il y a seulement un mois, la pétition ʺNon au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenneʺ est soutenue par plus de 10.000 signataires. 13 ans plus tôt, une autre pétition vous demandait de renoncer au passage du Tour de France au col de Sarenne et à la mise en travaux de la route. Pour 2026, nos craintes sont plus grandes qu'en 2013, car le Tour de France doit passer dans l'autre sens. La foule est cette fois attendue sur le versant le plus fragile du massif des Grandes Rousses.

La route pastorale de Sarenne traverse un espace sauvage d’une grande richesse : la vallée du Ferrand. Avec 758 espèces végétales recensées, le Conservatoire botanique national alpin considère que cette vallée, située dans le parc national des Écrins, est l'une des "plus riches régions de France sur le plan botanique". "La diversité faunistique du site est [jugée] remarquable". Fermée 8 mois sur 12, plus fréquentée par les marmottes que par les voitures, la route est si sauvage qu’elle se confond, par endroits, avec les chemins de randonnée des Écrins.

La station de l’Alpe d’Huez sera l'arrivée des 19e et 20e étapes de la Grande Boucle. Le 24 juillet, les coureurs arriveront à l'Alpe d'Huez par les 21 célèbres lacets, tandis que le 25 juillet, ils arriveraient à l'Alpe d'Huez par le col de Sarenne. Lors des dernières éditions du Tour de France, des centaines de milliers de spectateurs s'étaient donné rendez-vous dans les lacets de l'Alpe d'Huez. On peut donc craindre qu'une grande partie des spectateurs installés dans les lacets de l'Alpe d'Huez le 24 juillet se déplacent de quelques kilomètres pour aller vers le col de Sarenne le 25 juillet. De nombreux véhicules et une foule importante risquent donc de s'amasser au col de Sarenne et dans la vallée du Ferrand, d'autant que l'étape se déroulera le week-end, un jour avant l'arrivée finale aux Champs-Élysées.

Une telle affluence dans un environnement aussi sensible a de quoi inquiéter. En effet, la route traverse des zones où nichent des oiseaux inscrits sur la liste rouge des espèces menacées de l'UICN, notamment des gallinacées (tétras lyre, lagopèdes et perdrix bartavelles) nichant au sol et dont les petits naissent en juillet (c'est-à-dire pendant le passage du Tour de France). La foule pourrait perturber la reproduction de ces oiseaux rares et fragiles : des nids pourraient être piétinés ou abandonnés par panique. Plusieurs espèces semblent avoir récemment disparu du secteur, dont la Perdrix rouge et la Perdrix grise. Il serait regrettable que ce déclin de la biodiversité se poursuive. N'oublions pas le piétinement de la flore, notamment du côté de la zone humide de Sarenne (qui pourrait se transformer en gigantesque parking).

Pour diffuser le spectacle, des hélicoptères survoleront longuement des zones où peuvent nicher des rapaces exceptionnels et protégés (aigles royaux et gypaètes) dont les petits prennent leur envol durant l'été. Le survol d'hélicoptère est l'une des premières causes d'échec de reproduction des rapaces.

En outre, à l'instar de nombreuses autres espèces, c'est l'été que des animaux comme les marmottes et les chamois constituent leurs réserves pour affronter les rigueurs de l'hiver. Déranger ces animaux serait dommageable, d'autant que ce dérangement durerait plusieurs semaines. Ainsi, "la plus grande cyclosportive au monde" passerait à Sarenne six jours avant le peloton du Tour de France : aux 16.000 cyclistes amateurs s'ajouteraient les voitures suiveuses, les familles, les touristes du monde entier...

Tenant compte de l’étroitesse de la chaussée, de son état et des éboulements récurrents, nous pouvons imaginer que d'importants travaux soient demandés afin de garantir la sécurité de la foule et des coureurs. En 2013, lorsque le Tour de France était passé à Sarenne dans l'autre sens (dans le sens de la descente), des travaux avaient déjà été engagés pour un jour de course. De nombreux passages à gué avaient été remplacés par des petits ponts, ce qui a par la suite poussé les touristes à se rendre au col de Sarenne en voiture plutôt qu'à pied, au détriment de la quiétude de la faune sauvage. En 2026, que vont demander les organisateurs du Tour de France ? La purge de la montagne ? L'agrandissement des virages ? Les glissières de sécurité ? Tout cela pour quelques minutes de télévision ?

Certains penseront peut-être : un peu de goudron en plus, un peu de goudron en moins, quelle importance ? Leur tort serait de faire abstraction du contexte. Interposé entre deux des plus grandes stations de ski du monde (l’Alpe d’Huez et les Deux Alpes), l’étau se resserre autour de l’Oisans sauvage. Et vous comprendrez certainement, Monsieur le directeur du Tour de France, que nous sommes nombreux à être attachés à une beauté qui, décennie après décennie, se réduit comme nos glaciers.

Au-delà des classements d'exception (parc national, arrêté préfectoral, Natura 2000, ZNIEFF...), nous défendons une beauté fragile et indicible. Au col de Sarenne, il n’est pas rare de voir un randonneur s’asseoir et rester un long moment à contempler le paysage, à savourer le silence, à rêvasser face au plateau d’Emparis et aux glaciers de la Meije. Sarenne, c’est un autre monde, celui de la montagne préservée. Notre sentiment, c’est qu’il ne faut pas y toucher. Le scénario est toujours le même : si vous commencez à toucher ces espaces naturels, d’autres s’en donneront le droit.

Imaginez que nous soyons huit milliards à agir de la sorte, à endommager durablement la Nature pour quelques minutes de divertissement : que deviendrait notre planète ? De tels comportements ne sont-ils pas à l’origine de l'effondrement de la biodiversité, de la crise environnementale et de la crise sociale qui en découle ?

Nous, humains, sommes déjà responsables de la disparition du beau glacier de Sarenne. Mais il nous reste encore de Sarenne une faune et une flore d'exception ! Ayons la sagesse d'en prendre soin.

C'est pourquoi nous sommes plus de 10.000 à vous demander de ne pas faire passer le Tour de France au col de Sarenne. Notre pétition ne s'oppose pas à votre compétition. Nous vous invitons simplement à modifier le tracé de l’étape du 25 juillet. Il est loin d'être trop tard. Ainsi, en 2025, vous avez modifié le tracé d'une étape seulement quelques heures avant son départ. Deux alternatives pourraient être envisagées. Première alternative : une arrivée aux Deux Alpes après la descente du Galibier (comme en 1998). Deuxième alternative : un maintien de l'arrivée à l'Alpe d'Huez, mais en passant par Allemond et Villard Reculas (plutôt que par Sarenne). Ces alternatives modifierait à peine le déroulement de la course, tout en assurant la préservation d'une nature précieuse et vulnérable.

Marmottes, chamois, hermines, gypaètes, bartavelles, lagopèdes et tétras lyre, ne sont-ils pas plus précieux que trente minutes de télévision ?

Matthieu Stelvio, initiateur de la pétition "Non au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne" (et de la pétition de 2013)


jeudi 23 octobre 2025

[Pétition] Non au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne


CONTACT : Facebook (Matthieu Stelvio) ou par formulaire de contact.

Culminant à 1999 mètres d'altitude, la route menant au col de Sarenne est belle et sauvage. Fermée 8 mois sur 12, cette route est une route PASTORALE, destinée aux bergers ; la vitesse y est limitée à 20 km/h. Le sentier GR54 longe cette route et s'y confond par endroits. Situé dans l'aire d'adhésion du parc national des Écrins, le col de Sarenne est un de ces beaux et rares espaces où l’on peut encore respirer de l’air pur.

Les organisateurs du Tour de France 2026 veulent transformer le col de Sarenne en plus grand stade du monde. En effet, l'étape reine du Tour 2026 (la plus décisive et la plus montagneuse) doit se terminer par ce col (avant de descendre un peu plus bas dans la station de l'Alpe d'Huez, qui jouxte Sarenne, pour passer la ligne d'arrivée). Ainsi placée en fin d'étape, l'ascension de Sarenne pourrait réunir des dizaines de milliers de spectateurs (voire des centaines de milliers : de tels chiffres ont déjà été évoqués dans les lacets de l 'Alpe d'Huez). [4]

Treize ans après un premier passage contesté à Sarenne, la foule est, cette fois, attendue sur le versant le plus sauvage de la route, du côté de la vallée du Ferrand. Le Conservatoire Botanique National Alpin estime que "la diversité faunistique [de la vallée du Ferrand et du plateau d'Emparis] est remarquable" et que "l’excellent état de conservation de la plupart des habitats naturels […] peu perturbés […] permet le maintien d’espèces animales rares". [2]

Le 25 juillet 2026, un très grand nombre de personnes devrait s'entasser dans la vallée du Ferrand. Vallée qui est habituellement peuplée de marmottes, de renards, de chamois, de circaètes, d'hermines... ainsi que de fragiles tétras lyre : gallinacés emblématiques qui couvent au sol et dont les petits naissent en juillet, c'est-à-dire pendant le Tour de France ! [1, 2] Sans oublier les perdrix bartavelles qui couvent au sol et dont les petits naissent... en juillet ! [13, 14, 15] Sans oublier les lagopèdes, reliques de l’époque glaciaire, qui couvent au sol et dont les petits naissent... en juillet ! [1, 2, 7, 13] Tétras, lagopèdes et bartavelles : ces trois gallinacés sont sur la liste rouge des espèces menacées de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la Nature). [16] Leur déclin est notamment lié à la surfréquentation humaine et au dérangement des nichées. [7, 14] En matière de lieu et de timing, difficile de trouver pire pour convier les foules!

Et ce n'est pas tout : pour diffuser le spectacle de l'ascension de Sarenne, des hélicoptères survoleront longuement la vallée du Ferrand et la vallée de la Romanche, où nichent plusieurs couples d'aigles royaux (rapaces rares et protégés), dont les petits prendront leur envol... en juillet ! [2] En outre, c'est du côté du lac Chambon, où se termine la vallée du Ferrand qu'un couple de gypaètes barbus a donné naissance ces trois dernières années à des petits ayant pris leur envol... au début de l'été. [10] Plus grand rapace d'Europe, le Gypaète barbu est en danger d'extinction à l'échelle française. Seuls 18 gypaétons ont pris leur envol en 2025 dans les Alpes françaises. [11, 16, 17] Dans le massif des Écrins, 75 % des gypaétons nés en 2025 n'ont pas survécu. Le survol d'hélicoptère serait la première cause d’échec de reproduction des gypaètes. [12]

Six jours avant le passage du Tour de France, le col de Sarenne sera emprunté par 16 000 cyclistes lors d'une course amateur nommée L'Étape du Tour. Comme en 2013, la surfréquentation de Sarenne risque de durer plusieurs semaines, ce qui amplifiera le dérangement d'une faune précieuse et vulnérable.


Selon un document NATURA 2000, la vallée du Ferrand est l'une des "plus riches régions de France sur le plan botanique". [2] Et c'est une flore rare et fragile qui sera piétinée par la foule, peut-être même écrasée par des centaines de véhicules, des centaines de tentes... À proximité du col de Sarenne, la route passe à quelques mètres d'une zone humide fragile faisant l'objet d'un arrêté préfectoral de protection de biotope. [3] Cet arrêté atteste que "le biotope d’une espèce résulte des interactions entre la faune, la flore et les caractéristiques physiques et chimiques du milieu, et qu’une perturbation ou une atteinte portée à l’un de ces éléments peut engendrer un déséquilibre préjudiciable" ; et "qu’il y a [donc] lieu de réglementer les activités sur le périmètre [de la zone humide] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à la survie de plusieurs espèces animales protégées". Cet arrêté interdit toute manifestation sportive sur un périmètre qui pourrait être piétiné par la foule du Tour de France. [3] Est-ce vraiment le lieu pour organiser une manifestation réunissant autant de spectateurs que 10 Stade de France ?

Comme en 2013, des travaux pourraient être réalisés, rien que pour une journée de course ! Et ce, non pas à la demande de la population locale, mais à la demande des organisateurs du Tour de France ! En 2013, des passages à gué ont été transformés en petits ponts, ce qui a par la suite poussé les touristes à se rendre au col de Sarenne en voiture plutôt qu'à pied, au détriment de la quiétude de la faune sauvage.

La Nature est plus importante que ce spectacle-business (qui s'est souvent révélé être imposture). Et les organisateurs du Tour de France se moquent de la Nature. Ils l'ont prouvé en 2013 en restant muets face à une lettre ouverte portée par une pétition signée par plus de 12 000 personnes, en refusant toute alternative (la montée sauvage de Sarenne pouvait être remplacée par un passage à Villard Reculas en 2013 ; idem en 2026). Comment croire qu'une entreprise qui gère, au-delà du Tour, des épreuves comme le Dakar et autres rallyes se préoccupe de la faune sauvage ? Le fait que TotalEnergies soit partenaire officiel du Tour de France 2026 prouve-t-il le contraire ?

D'autre part, beaucoup de financiers aimeraient agrandir le domaine skiable de l’Alpe d’Huez, et lorgnent vers Sarenne. [8] À long terme, ce passage du Tour dans un lieu jusque-là si bien préservé est peut-être le deuxième pas vers une bétonisation massive. En 1952, lorsque Fausto Coppi s’est imposé à l’Alpe d’Huez, il s’imposait, au milieu des marmottes et de quelques paysans, dans une toute petite station de ski. 70 ans plus tard, l'Alpe d'Huez a étendu ses tentacules d'acier sur l'un des plus beaux massifs de France et veut encore s'agrandir [6], sans se soucier de la quiétude de la Nature (allant jusqu'à organiser des festivals de musique techno au cœur des montagnes [5]). Que voulons-nous laisser aux générations futures ? Une planète d'acier et de béton ? Ne serait-il pas temps de dire stop à ceux qui veulent souiller ce que nous avons de plus cher ? LA NATURE N'EST PAS UN STADE !

En signant cette pétition, je m'oppose au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne et aux travaux qui en découleraient.

Pour signer la pétition, c'est ici.

Matthieu Stelvio, 23/10/2025, cycliste attaché aux grands espaces sauvages, défenseur des bouquetins et des tétras lyre. (Texte modifié le 10/11/25.)

Cette pétition fait suite à la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au col de Sarenne (12 000 signatures), dont l'historique est disponible sur l'ancien blog Le Bruit du Vent.


Sources :

[1] ZNIEFF de type 1 Pentes montagneuses du col de Sarenne

[2] Site Natura 2000 - Vallée du Ferrand - Plateau d'Emparis, document d'objectifs, décembre 2003, Conservatoire Botanique National Alpin

[3] Arrêté préfectoral de protection de biotope n°2012282-0029 Site du Marais du col de Sarenne

[4] Tour de France : près d'un million de personnes dans la montée de l'Alpe d'Huez ! Le Dauphiné Libéré, 28/07/2011

[5] À l'Alpe d'Huez, un festival transforme la montagne en Disneyland, Reporterre, 15/03/2024

[6] La logique folle des casseurs de la montagne : pour sauver les glaciers, accélérons le processus qui les détruit, Reporterre, 03/11/2014

[7] Avis de recherche : le Lagopède alpin, au croisement des enjeux de demain, LPO, 08/10/2024

[8] Le Tour de France veut bétonner la montagne, Reporterre, 8/01/2013

[10] Gypaètes : une année en demi teinte, Parc National des Ecrins, 30/6/2025

[11] Ligue de Protection des Oiseaux. Fiche : Gypaète barbu.

[12] Gypaète dans les Écrins : ici on couve, prière de ne pas déranger. Radio RAM05.

[13] ZNIEFF I Versant montagneux de la courbe (38220004)

[14] Perdrix bartavelle. Migraction.

[15] Perdrix bartavelle. Oiseaux.net

[16] La Liste rouge des espèces menacées en France (UICN)

[17] Bilan 2024/2025 de la reproduction du Gypaète barbu dans les Alpes françaises, ASTERS

CONTACT : Facebook (Matthieu Stelvio) ou par formulaire de contact. 

Autres combats : bouquetins du Bargy, Tour de France 2013, Oisans, stations de ski...

Blog d'écologie politique depuis 2013, Le Bruit du Vent s'intéresse tout particulièrement à la préservation de la faune sauvage et des paysages alpins.

C'est sur ce blog que j'ai lancé les pétitions Stop à l'abattage à l'aveugle des bouquetins du Bargy (182 191 signatures) et Non au passage du Tour de France 2013 au col de Sarenne (12 220 signatures). Malheureusement, l'hébergeur initial du blog ajoute beaucoup de publicités à mes articles. Afin de lutter contre ces publicités, mes nouveaux articles seront désormais publiés à cette adresse : https://lebruitdv.blogspot.com/

Mais vous pouvez consulter tous mes anciens articles (notamment ceux liés à la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au col de Sarenne) à cette adresse : https://lebruitduvent.overblog.com/